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Histoires à succès 50e anniversaire de SIC (Semaine 1): Paul Heinbecker
L’étoile sportive multidisciplinaire de Laurier a tourné le dos à la LCF en faveur d’une carrière de diplomate qui l’a conduit dans de nombreux pays, au service de plusieurs Premiers Ministres et même jusqu’aux Nations Unies
par Kevin Campbell
C’était une journée pas tout à fait
comme les autres pour Paul Heinbecker.
Un choix s’imposait ; une direction devait être
prise.
Donc, l’athlète vedette de l’Université
Waterloo Lutheran, plus que compétent en athlétisme,
au hockey, au basketball et au football, a consulté son
compas pulsionnel et fait son choix.
Ce jour-là, vers le milieu des années ’60, le
destin se trouvait dans la boîte aux lettres de Heinbecker,
sous forme de deux lettres distinctes.
La première provenait des Eskimos d’Edmonton, avisant
l’arrière défensif qui portrait trois chapeaux
à titre de quart-arrière, d’ailier
éloigné et, à l’occasion, de botteur de
dégagement, qu’il avait été
repêché par la Ligue canadienne de football et
qu’il était destiné à la ville du
pétrole.
L’autre enveloppe affichait une adresse de retour au nom du
Service extérieur canadien.
Mais la sécurité d’emploi, comparée aux
impitoyables hivers canadiens, a poussé Heinbecker à
accepter l’offre de ce dernier.
« Après l’entraînement de football un
samedi soir, il faisait trop froid et trop humide pour me rendre
à pied à mon arrêt d’autobus et
j’ai apercu un avis au babillard à l’effet que
les examens d’entrée au Service extérieur
avaient lieu ce soir-là. Or, je savais qu’il me
faudrait me trouver un emploi si je n’étais pas
repêché par la LCF », se souvient le
diplomé de Laurier.
« Ce fut le plus heureux des hasards ».
D’autant plus que Heinbecker n’était pas le plus
grand fanatique des hivers canadiens.
« À l’époque, on appelait ça [le
terrain à Edmonton] le Stade Clarke et, chaque fois que je
regardais un match à la télé, la neige
s’empilait sur le jeu et le long du terrain », de dire
Heinbecker. « Le Service extérieur
m’apparaissait plus romantique, plutôt comme le
Régiment étranger de cavalerie. »
Et le reste, comme on dit, appartient à
l’histoire.
La liste des accolades et des postes détenus par Heinbecker
est très légèrement en dessous de celle
d’une formation de la LCF.
À sa sortie d’Ottawa, Heinbecker s’est
retrouvé devant sa première affectation
outre-mer.
« Ils m’ont appelé pour me demander si
j’acceptais un poste à Ankara et j’ai dit
certainement, c’est super. Alors je suis
retourné à mon bureau et j’ai cherché
Ankara dans mon atlas...je serais allé n’importe
où. »
La capitale de la Turquie fut la première étape de la
carrière politique du dignitaire mais elle représenta
également une étape beaucoup plus intime et
personnelle.
C’est à Ankara, à l’âge de 25 ans,
que notre diplomate a rencontré son épouse,
Ayse Köymen.
Heinbecker serait relocalisé peu après à
Stockholm mais pas avant d’avoir appris certains faits
concernant un pays qui prenait de plus en plus d’ampleur sur
la scène mondiale.
Évidemment, Ayse faisait maintenant partie du jeu et le duo
s’est rendu à Stockholm où le canadien a vite
appris les subtilités de la politique industrielle et
sociale suédoise et beaucoup plus encore.
En France, tout en faisant la part des choses entre les initiatives
de la politique étrangère sur l’économie
internationale pour l’Organisation de coopération et
de développement économiques, Heinbecker a appris
à faire la distinction entre les fromages destinés au
déjeuner et ceux destinés au dîner.
Après avoir peaufiné son turc et son français,
Heinbecker a fait un retour au Canada en 1979. Sa destination
: Ottawa où il a rédigé des discours sur
la politique étrangère pour le Premier ministre,
Pierre Elliott Trudeau ainsi que pour le Ministre des affaires
étrangères, Joe Clark.
Plus tard, le diplomate canadien fut nommé à
Washington à titre de Responsable politique de
l’Ambassade canadienne. Heinbecker s’est vu
impliqué dans des dossiers chauds tels que les pluies
acides, la souveraineté de l’Arctique, les questions
transfrontières, la sécurité internationale,
le contrôle des armes et le Moyen-Orient.
De 1989 à 2000, Heinbecker a agi à titre de
conseiller en politique étrangère auprès de
Brian Mulroney et de Lloyd Axworthy à plusieurs autres
niveaux. Il a également été
attaché à l’Ambassade candienne en
Allemagne.
Puis, le nouveau millénaire a ouvert de nouvelles
frontières pour le politicien accompli. Il fut
nommé représentant permanent du Canada aux Nations
Unies en 2000.
« Je crois que c’est un des meilleurs boulots
qu’un canadien puisse avoir », de dire Heinbecker.
C’est aux NU que Heinbecker a milité pour la
sécurité humaine mondiale par le biais de
l’initiative « Responsabilité de protéger
».
Heinbecker demeure le dernier canadien à avoir
siégé sur le Conseil de sécurité des
Nations unies, un poste laissé vacant par un canadien
après que la communauté internationale et Stephen
Harper aient récemment opté de ne pas le
remplacer.
C’est également aux NU que Heinbecker situe son
plus beau moment en carrière ou, en tout cas, celui qui lui
a donné le plus de satisfaction.
« Il y avait certaines perceptions que si
l’Amérique [choisissait d’envahir l’Iraq
en 2003], il nous faudrait également emboîter le
pas. J’ai dit [au Premier Ministre Jean
Chrétien] que ce serait une grave erreur et que nous ne
devrions pas nous impliquer », a dit Heinbecker.
Aujourd’hui, on peut retrouver Paul Heinbecker auprès
des étudiants en maîtrise de la Théorie
comparée de l’État à Wilfrid Laurier
où il les expose aux « décideurs du
gouvernement » à Ottawa. Il leur dit de ne pas
se décourager lorsque 9,900 candidats sur 10,000 ne
réussissent pas à obtenir un poste au Service
extérieur canadien. Il les rassure à
l’effet que des options existent ; beaucoup plus
d’options que lorsqu’il avait leur âge.
« Les chances d’entrer sont rares, il est vrai, mais il
y a de nombreuses autres avenues ouvertes pour accéder
à des carrières internationales »,
d’assurer Heinbecker.
« Le monde est tellement plus ouvert, plus
intégré qu’autrefois...personne ne devrait se
jeter en bas d’un pont parce qu’il ou elle n’a
pas réussi l’examen du Service extérieur
», ajoute Heinbecker.
Maintenant un Membre émérite au Centre de
l’innovation en gouvernance internationale et Directeur du
Centre des relations mondiales à Wilfrid Laurier, Heinbecker
a deux filles, Yasemin et Céline. Toutes deux oeuvrent
à leur tour au sein du Service extérieur.
Résidant à Ottawa, Paul Heinbecker travaille à
la rédaction de son deuxième livre « solo
», celui-ci plus informel.
« Un recueil d’anecdotes », de préciser
Heinbecker. « Un de mes collègues m’a dit un
jour qu’à la fin de ma carrière, je devrais
avoir des histoires intéressantes à
raconter…je pense bien en avoir quelques-unes.
»



















